Marie ORTOLI fait partie des personnes que j’ai pu rencontrer grâce à la magie d’internet…

Nous avons effectué une formation en ligne ensemble début 2017. Puis, je lui ai proposé que l’on se rencontre, histoire d’échanger “en vrai”, rien de mieux pour commencer à connaître quelqu’un.

Son parcours riche en mouvement et en réflexion m’a donné envie d’en savoir plus et de partager avec vous son cheminement, sa quête de sens, et sa vie d’entrepreneure.

Comment passe-t-on d’ingénieure dans l’agro-alimentaire à coach ?

Avec précision et transparence, Marie évoque son changement de parcours professionnel, entremêlé d’évènements personnels très intenses.

Je vous laisse la découvrir au fil de mes questions.

 

Est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs et nous parler de ton parcours professionnel ?

Je suis Marie Ortoli et j’accompagne les femmes et les hommes à se positionner dans leur vie et à trouver le chemin pour s’élancer dans le projet de leur âme dans la joie du cœur et la sérénité.

De formation technique, j’ai commencé ma carrière en tant qu’Ingénieur Qualité dans l’industrie agro-alimentaire. Mes responsabilités ont évolué, orientées sur l’interne puis sur l’externe.

Mon rôle était en arrière-plan, dans les coulisses, où j’étais en contact direct avec les salariés tous niveaux confondus des différents services : créer le lien, faire et donner confiance, valoriser le travail de chacun et amener la personne à parler de son métier et y apporter les améliorations nécessaires.

J’ai eu l’opportunité unique dans la même société de passer de la qualité au service commercial. Je découvrais alors une autre forme de relation. Créer la confiance avec mes clients, les fidéliser, remuer ciel et terre pour leur apporter des solutions satisfaisantes, jouer de ma connaissance transversale de l’entreprise pour gagner en efficacité…

Et puis, sur la petite quarantaine, je me suis essoufflée… J’ai perdu mes repères, je ne trouvais plus de sens ni de cohérence dans ce que je faisais et là où j’étais. Je n’étais plus en adéquation avec moi-même et avec mes valeurs profondes. Mais c’est dur de choisir entre un cocon où l’on n’est pas si mal et une petite voix qui dit en même temps qu’on n’est plus bien.

 

Comment se manifestait cet essoufflement au quotidien ?

Je travaillais dans un grand groupe industriel international avec une organisation matricielle lourde. Mon rôle était de conseiller, vendre et livrer du chocolat et ses dérivés à des industriels (petite PME au grand groupe). Les contrats se faisaient en fonction du marché à terme des matières premières (Londres et New York).

Ce marché est devenu en quelques années un marché très spéculatif et très volatil : cela demandait une grande réactivité pour proposer le meilleur prix et meilleur service au client au bon moment.

J’avais donc affaire à une course avec des allers-retours (mail-téléphone) entre les différents services de l’entreprise (pricing, direction des ventes France, R&D dans le cas de la création d’un produit sur-mesure, les achats des matières premières, parfois pour certains clients stratégiques avoir recours à des autorisations corporate et aussi la logistique pour des minimum de production…). Ensuite une fois que le contrat était noté, c’était parfois très chaud pour pouvoir livrer au moment où le client passait sa commande (politique d’optimisation des usines, rupture de produits, flux tendu….).

Il s’est produit une usure au fil du temps car je passais beaucoup d’énergie dans les échanges et discussions internes avec des objectifs de vente et de rentabilité toujours plus hauts et surtout une crédibilité client difficile à tenir car j’étais en première ligne vis-à-vis de mon client et quand cela ne suivait pas derrière c’était très compliqué pour moi à vivre.

Etre dépendante des autres pour assurer un niveau de service impeccable était très confrontant car il y avait beaucoup d’éléments sur lesquels je n’avais aucun contrôle. Par ailleurs, n’ayant pas un portefeuille client « grands comptes », mes clients passaient après ces derniers, donc pour moi beaucoup de frustrations au quotidien, beaucoup d’énergie perdue pour essayer de maintenir une exigence personnelle d’excellence.

Alors j’ai eu la chance que l’entreprise me pousse et m’aide : j’ai vécu le vent du changement.

 

Peux-tu nous raconter comment tu en es venue à choisir le métier de coach ? Est-ce qu’il y a eu un moment clé dans ton parcours pro que tu identifies comme déclic ?

Quand j’ai quitté l’entreprise en 2010, avec une rupture conventionnelle de contrat, je ne savais pas trop ce que j’allais faire. Une chose était sûre c’est que je ne voulais pas refaire encore plus de la même chose. J’avais une envie profonde d’utiliser tout mon parcours antérieur pour en faire quelque chose de différent, ce qui n’est pas si évident au premier abord en France. Et surtout je me suis dit « qu’est-ce que je vais faire des 25 prochaines années que j’ai encore à travailler ? »

 

Est-ce que c’était une situation difficile à vivre (de ne pas savoir encore) ?

Oui et non car en fait j’ai quitté mon entreprise en juillet 2010 et dès le mois d’août, mon père, malade d’un cancer, a montré des grands signes de faiblesse annonciateurs d’une fin prochaine. Je savais intimement qu’il ne finirait pas l’année mais je ne savais pas quand. Je me suis mise alors automatiquement et instinctivement en mode « urgence famille » et me projeter dans l’avenir m’était alors impossible. Mais c’était bien ainsi car j’ai pu l’accompagner et me serrer les coudes avec ma sœur et ma mère. Mon père est décédé fin octobre 2010 et c’est seulement après son départ que la nébuleuse professionnelle a commencé à se dissiper et que j’ai pu me consacrer à mon avenir.

Une analyse graphologique effectuée au sein du cabinet d’out-placement qui m’a suivie a montré un fort potentiel relationnel. J’ai alors regardé ma vie professionnelle et ma vie tout court et j’ai compris que mon fil conducteur était l’humain.

Je me suis alors dit quitte à faire une reconversion pourquoi pas m’orienter vers les ressources humaines. J’ai regardé les postes et cela ne m’a pas interpelée et c’est alors que le coaching s’est imposé à moi comme une évidence, pour être au plus près de l’humain.

 

Je n’ai pas bien compris comment tu es passée des métiers des RH au coaching… Peux-tu m’en dire davantage ? Connaissais-tu des coach à ce moment là ? En avais-tu rencontré ?

Je me suis dit que les différents métiers des ressources humaines étaient trop éloignés de l’Humain (trop d’informatique, on met les gens dans des cases, pas assez de relations directes avec les individus, pas assez d’humanité). Les seuls coachs que je connaissais étaient ceux du cabinet d’out-placement mais derrière le coaching je voyais une proximité avec l’individu, qui il est dans son essence profonde et c’est cela qui a résonné en moi, j’avais envie de cela, aller à la rencontre de l’individu dans la beauté de ce qu’il est et l’accompagner à grandir et à aller vers le projet qui lui tient à coeur.

 

Souhaitais-tu retourner en entreprise ensuite, ou te mettre à ton compte ?

Je n’ai pas pensé à ce moment-là à retourner en entreprise, j’avais d’abord une envie débordante de me former, d’apprendre, de découvrir, de sortir d’un système qui me limitait. J’ai rejeté en bloc au départ la notion de grand groupe, grosse structure, de retrouver les mêmes contraintes, je voulais mettre un grand pied dans la fourmilière, mettre de l’humanité dans les relations, créer un monde différent, contribuer au monde à ma façon.

Créer une entreprise me faisait peur, je ne m’en sentais pas capable. Par contre, être indépendante, faire ce que je veux quand je veux avec qui je veux était pour moi primordial. J’avais besoin de liberté et surtout de créer quelque chose qui ne soit pas comme « le système » nous oblige à ce que ce soit.

Avec le recul, cette rupture avec l’entreprise a été pour moi salvatrice. Mon âme avait besoin de s’exprimer autrement et elle m’a poussée à aller vers ce pour quoi je suis faite et ce que j’ai à faire sur cette terre.

 

Comment as-tu effectué le choix de ton centre de formation ? Et comment l’as-tu financé ?

Le choix a été compliqué car au départ j’étais un peu perdue dans toutes les formations de coaching. Je recherchais avant tout une formation qui me délivre une certification et qui soit sérieuse.

Je voulais aller vite et comme c’était la première fois que je me retrouvais au chômage, je voulais vite retrouver du travail. J’ai rencontré 3 écoles et eu plusieurs conseils. Finalement ce fut un choix mutuel comme on le fait entre coach et coaché. Et c’était très bien. J’ai rencontré le directeur de l’école qui regardait le parcours professionnel et une psychothérapeute qui regardait la maturité psychique. C’est elle qui m’a dit que je devais prendre mon temps que j’avais deux deuils à faire (rupture avec l’entreprise dans laquelle j’avais été 18 ans et dans la foulée perte de mon père) et que cela ne se faisait pas en claquant des doigts. Et elle avait entièrement raison. Je l’ai écoutée et ma formation a pris presque 2 ans et je considère aujourd’hui que j’ai un socle en béton armé.

J’avais décidé de capitaliser en mon avenir et en moi-même et du coup j’ai financé moi-même ma formation.

 

Est-ce que tu as été accompagnée ponctuellement, ou sur la durée, dans le cadre de tes démarches, par une structure ou par un professionnel indépendant ?

Le cabinet d’out-placement qui m’a suivie pendant 2 ans m’a plutôt déconseillée de m’orienter vers le coaching (trop de monde, pas rentable,…). Mais ma motivation était d’ordre vocationnel et du coup je n’ai rien lâché et ai continué sur ma lancée. Je me suis également formée en parallèle du coaching à l’analyse transactionnelle et j’ai fait tout le cursus de PNL jusqu’au maître praticien.

En fin de formation, je suis tombée sur internet sur une coach qui accompagnait des « jeunes » entrepreneures à se lancer et j’ai travaillé avec elle d’abord en individuel puis en collectif.

Début 2013, je suis rentrée dans une coopérative d’activité et d’emploi en tant que salariée entrepreneure. Cela faisait sens pour moi qu’en développant mon activité je permette à d’autres entrepreneurs de développer là-leurs. J’aimais le côté coopératif et collaboratif, faire partie de l’économie sociale et solidaire. Ce fut une période très riche en rencontres, partages, expériences. Et aussi j’étais de fait accompagnée.

J’ai quitté la coopérative en juin 2016. Cela n’était plus juste de rester pour moi car j’ai eu une période de flottement due à des soucis de santé et de famille.

J’ai alors mis mon activité entre parenthèses pendant 1 an, en travaillant pour une ressourcerie culturelle et solidaire où j’ai vécu une super expérience humaine et associative. Cela m’a permis aussi de réfléchir et de me repositionner sur ce que je voulais vraiment. J’ai profité de cette période pour recontacter une coach que j’apprécie particulièrement (Marjorie LLombart) qui allie business et spiritualité. Je me trouvais dans mon élément et j’ai eu un apport et des prises de conscience considérables.

Puis mon contrat à la ressourcerie terminé, j’ai décidé de me consacrer de nouveau pleinement à mon activité et cette fois en portage salarial.

 

Dans le cadre de ce parcours, quels ont été les difficultés que tu as rencontrés (administratives, techniques, sociales, morales… etc) ? Et comment les as-tu surmontées ?

Une fois certifiée, j’ai cherché ma légitimité et ai expérimenté le coaching en entreprise, l’espace emploi d’une entreprise de prévoyance retraite, un cabinet où j’’ai accompagné des cadres seniors au retour à l’emploi et des clients en direct et je vibrais quand j’animais mon atelier « le Voyage extraordinaire ». 

Ma plus grosse difficulté a été de me positionner entre ce que disait mon cœur et ce que disait la raison : si je rentre dans un moule, si je suis une coach comme les autres coachs, je me perds.

Depuis que je suis enfant je me pose la question : « pourquoi je suis moi ? Pourquoi je suis à l’intérieur de ce corps et que suis-je venue faire sur cette terre ?  »

Trouver ma place a longtemps été une quête. Admettre ma singularité et mon unicité a été compliqué. Ce fut un réel cheminement.

Très rapidement en créant ma marque en 2012 « Capterlinstant », ma base line « l’accompagnement des femmes et des hommes porteurs de projets extra-ordinaires » est venue comme une évidence. Cependant, j’ai compris cette année que je n’assumais pas dans ma façon de me présenter et de parler de mon activité ce qu’il y avait derrière c’est-à-dire : le projet de l’âme.

C’est une personne que j’ai accompagnée cette année qui m’a permis d’intégrer et d’assumer pleinement la dimension qu’il y avait derrière mon travail.

 

Quel choix as-tu fait ?

En écoutant enfin la voix de mon coeur, je connecte une dimension plus grande que moi et j’ai enfin la réponse (ou partie de réponse car l’évolution est permanente) aux questions que je me posais sur les raisons de mon passage sur cette terre.  Notre âme est infiniment grande et notre corps tout petit. Alors, prendre conscience que nous avons des possibilités infinies pour contribuer chacun(e) à notre niveau me fait vibrer, me met le coeur en joie et je ressens qu’enfin je suis à la bonne place…

Pour travailler avec les entreprises (sous-entendu faire du coaching en entreprise, accompagner des dirigeants, des managers, etc…), il est demandé d’avoir un certain discours formaté entreprise, avec des codes, un langage et un vocabulaire précis dans lesquels je ne me retrouve pas. Je me sens coincée, restreinte dans ma créativité. J’ai besoin de parler avec mon cœur, d’âme à âme, avec des mots que je ne suis pas obligés de censurer « parce que sinon cela ne va pas être dans la bonne forme ».

Alors pour être alignée à qui je suis intrinsèquement, pour me sentir libre de dire ce que je veux comme je le veux, pour laisser ma créativité émerger et grandir, pour aller à la rencontre des personnes qui ont besoin de moi et qui me choisissent parce que je suis la bonne personne pour elles à l’instant T, j’ai choisi de travailler directement avec les particuliers ou des entrepreneurs indépendants ou des petites structures.

 

Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis que tu fais ce métier ?

Je suis libre de mon emploi du temps. Je m’écoute davantage. Je fais ce que j’aime faire : voir des personnes s’épanouir sous mes yeux, voir leur beauté intrinsèque et les accompagner à faire pétiller le diamant précieux qui est à l’intérieur d’eux. J’en reçois une joie profonde. Je vibre à l’intérieur. Je me sens à ma place.

 

Qu’aimes-tu particulièrement dans ton nouveau métier ?

Cette alchimie particulière propre au coaching quand la relation est bien installée, que le travail se fait dans la fluidité et que la magie opère parce qu’il y a trois éléments qui dansent ensemble au diapason : le coach, le coaché et la relation. Et si le regard qui est en face de moi m’offre un pétillement particulier, cela confirme à chaque instant que je suis à la bonne place.

 

Tu n’es pas seulement coach, tu es aussi entrepreneure. Comment gères-tu ce double changement ou ce double challenge : exercer un nouveau métier ET le changement de statut ?

Après la coopérative j’ai choisi le portage salarial, c’est une façon de me sentir moins seule et de savoir que je peux à tout moment être aidée si j’ai besoin.

La clé c’est l’organisation et j’avoue que je suis perfectible à ce jour sur ce point- là 😉

 

Peux-tu préciser ce que tu entends par « la clé c’est l’organisation » ?

J’oppose organisation à éparpillement, dispersion. Il est important d’avoir une discipline, une structure dans sa façon d’aborder les semaines, son temps pour ne pas se laisser submerger justement par ce dernier qui passe souvent trop vite, ignorer les choses qui nous font suer mais qui nous rattrapent à un moment ou un autre pour favoriser ce qui nous plait bien.

Et puis savoir s’octroyer du temps pour soi, sa famille, son conjoint, ses amis est vital. Tout est équilibre. Mais derrière l’organisation, je ne mets pas de rigidité, c’est un peu comme se créer un cadre dans lequel tout peut bouger mais où tout est nécessairement présent.

J’apprends aujourd’hui à co-créer avec la vie et tout ce qui est présent à l’instant et du coup je place aussi l’imprévu dans ma vie même si je ne sais pas comment faire avec (dans le sens je n’ai pas forcément la solution immédiate). J’ai la chance d’avoir une grande confiance en la Vie.

 

Si c’était à refaire, tu referais tout pareil ?

A quelques erreurs de discernement près qui m’ont cependant beaucoup appris, oui je referais la même chose.

 

Un conseil, une citation, à nous partager ?

Ma devise : Une vie on n’en a qu’une seule, un métier on peut en avoir plusieurs… et surtout il est possible de trouver l’activité pro ou extra-pro qui nous tient à cœur et de s’aligner à qui l’on est et ce que l’on veut devenir.

Ma croyance : « Chacun(e) est venu(e) sur terre pour y faire quelque chose d’extra-ordinaire. Notre âme sait très exactement quoi. Connectons-nous à elle, écoutons-la et faisons lui confiance. »

 

 

Pour retrouver Marie  :

www.capterlinstant.com

http://www.facebook.com/capterlinstant/

 

Photo en-tête Hannah Morgan on Unsplash